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Encouragé par l’accueil de mon premier post sur Facebook, j’ai fait suivre un texte plus détaillé, sous le titre « La régénération de la spontanéité » pour souligner le fondement scientifique de mes affirmations. J’ai mentionné que j’ai souvent l’occasion d’accueillir des visiteurs dans le Closlieu et que, au cours de nos conversations, il m’arrive de leur poser des questions, ou plutôt de les inciter à s’en poser. Ainsi : lorsque la conversation porte sur « l’Espace – l’Espace dans la Formulation », qui est un vaste domaine spécifique : la notion d’espace, l’apparition de cette notion, ses limites, et leur évolution, l’Espace de Lumière et l’Espace d’Eau, et encore d’autres chapitres consacrés à l’Espace de la Formulation, j’en viens à poser la question : « Dans quel ordre apparaissent les limites ? Mes interlocuteurs ont, en général, remarqué les bandes de ciel et de terre, mais n’ont pas été attentifs à l’ordre de leur apparition. D’ailleurs, pourquoi cela les aurait-il intrigué ? En général, on trouve ces détails incorrects, comme déjà les auteurs-vétérans, dès le XIX° siècle, ont proclamé que l’enfant sous-développé, non corrigé par ceux qui détiennent le savoir, ne sait pas encore reproduire l’espace tel qu’il apparaît au regard formé de l’adulte instruit. Leur raisonnement reflète l’erreur que la trace de l’enfant, au lieu d’appartenir à la Formulation, est de l’art inaccompli. On ne peut pas leur en vouloir, qui aurait pu leur parler d’une trace spontanée ?

Donc, revenons aux limites de l’Espace dans la Formulation : il convient de connaître un préalable d’ordre général : la Formulation se compose de trois stades successifs : 1° la période des Figures Primaires, 2° de celle des Objets-Images et, enfin, 3° de celle des Figures Essentielles. Les Figures Primaires ne sont pas nées de l’intention de représenter des choses. Il est indispensable de le savoir ; de savoir aussi que cela n’est pas dû à une indigence, mais que les figures qui composent ce vaste répertoire sont organiquement fondées, c’est-à-dire : nées d’une nécessité organique incontestable. Elles se multiplient dans une abondance correspondant à leur nécessité organique.

Les figures – les mêmes chez chaque personne, et cependant, portant l’empreinte décelable de chaque individu – se multiplient et évoluent hors d’intentions figuratives, et étrangères à toute réflexion. Elles se multiplient dans un espace infini, c’est-à-dire non défini, non-limité, la notion d’espace n’étant pas encore d’actualité. Ce qui caractérise les Figures Primaires, c’est leur variété et leur profusion. Si l’on me demande d’où elles viennent, je dis volontiers : de la corne d’abondance que possède chaque petit enfant.

A un moment – et celui-ci n’est pas induit par un apport extérieur, apparaît un plus ou moins nettement décelable trait, dans la partie supérieure de l’espace de la feuille, un trait qui est plutôt une assez vague trace (parfois une imprécise ondulation). Et puis, la trace de cet attouchement est absente dans les espaces suivants. Mais elle reparaît plus tard, et elle finit par être plus précise ; sa présence se renforce. Et, à un moment, elle devient un trait bien présent, bien net, souvent situé dans la proximité du bord de la feuille.

Ce trait a l’air de tâtonner, de trépigner, et puis il finit par se poser, par avoir trouvé sa place et de jouer son rôle avec détermination. Plus tard va se produire une procédure assurée dont on peut suivre, pas à pas, le cheminement et dont l’apothéose est un large bandeau occupant une partie importante de l’espace. Pour que se produise incontestablement ce processus, il faut que l’enfant dispose de moyens techniques appropriés. Au début de ce processus évolutif un simple outil traceur convenait ; pour la réalisation d’une surface bien garnie, la peinture est plus adaptée ; notamment pour ce qui va se poursuivre et qui ne devrait pas être entravé pour des raisons techniquement restrictives.

A un moment du déroulement que je viens de présenter, une limitation inférieure apparaît à son tour. Elle est plus tardive (le moment de son intervention n’est pas absolument prévisible) Et, de toute manière, cette limite inférieure joue un rôle mineur par rapport à sa collègue, dont il a été question. Il y aurait beaucoup à mentionner à propos de ces événements ; il y aurait à mentionner le Pullulement et à indiquer aussi l’origine de ce dernier.

Ce qui m’importe en premier lieu, c’est d’expliquer l’origine organique des limites d’espace. L’enfant n’inscrit pas ce trait, ce bandeau, parce qu’il a levé la tête et qu’il a découvert au-dessus de lui le ciel, comme une limite. L’origine de la limite d’espace est bien plus ancienne ; elle se situe dans ses sensations fœtales. Le petit embryon humain commence à vivre dans un abri confortable qui le préserve de toute atteinte.

Il se développe, expérimente ses aptitudes, grandit à l’aise dans un espace approprié, dans un état d’excentricité limitée et hors de toute temporalité. Il grandit, développe des capacités ludiques, sa vie est un quotidien insouciant, sa croissance est prévisible jusqu’à un moment dramatique : il perçoit alors l’espace, développe la notion de limites spatiales, et elles deviennent préoccupantes, oppressantes, dramatiques, inconfortables, insupportables, menaçantes… et la seule issue est la douloureuse fuite de son jadis quiet abri. Il perçoit l’oppression par son crane, par ce qui, plus tard, sera le haut. Les jambes étaient comme ses bras, des membres issus de son centre, mais elles n’avaient pas encore leur future fonction de support, de la tenue sur le sol, le sol sous les pieds, sensation-expérience, notion, qui se développera, certes, mais bien plus tard.

Tout cela a laissé des traces inscrites successivement dans la Mémoire Organique. Et elles sont actualisées dans la Formulation comme des séquences précieuses ravivées.

La position debout sur le sol développe de nouvelles aptitudes. Elle s’acquiert et se développe plus tardivement dans la vie ; et ce développement, avec les sensations qu’il déclenche, se reflète dans les manifestations plus tardives conservées parmi les sensations contenues dans la Mémoire Organique et s’expriment à leur tour, dans la réalisation de la limite spatiale inférieure.

Voilà ce qui explique le rôle et l’ordre d’arrivée des limites d’espace de la Formulation et qui souligne l’importance de leur manifestation infaillible, hors de toute intention et de tout caractère volontaire : une nécessité bienfaisante parce que naturelle et qu’il serait regrettable de sacrifier à des actes artificiels sans profit pour la personne.

Il me reste à ajouter que, si j’ai décrit en détails cette aventure des limites spatiales de la Formulation, elles ne sont qu’un morceau choisi parmi les autres parties de ce chapitre et que le Praticien-Servant, qui rend possible la Formulation, connaissant l’ensemble de ses phénomènes et les prévoyant, n’est pas étonné d’assister à leur éclosion, ni impatient de les voir se produire. Mais il est peiné – comme je le suis – de devoir rétablir la capacité de spontanéité chez tant d’enfants chez lesquels elle a été endommagée au profit d’habitudes vaniteuses. Et, comme moi, chaque personne initiée à la Formulation a l’ardent désir d’en répandre la connaissance dont, immanquablement naît une autre attitude envers l’enfant.

Arno Stern

(c) Institut Arno Stern, 18 avril 2020

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